Jeudi soir à Valpo, manifestation assez émouvante à la lumière des bougies contre la violence conjugale.
Et aujourd'hui, 25 novembre c'est la journée mondiale de la non violence contre les femmes. J'en profite donc pour faire mon petit plaidoyer et continuer ma série "reportages, reflets de la société chilienne". Après les effets sociaux du foot et la grogne sociale, la violence familiale. Et autant dire qu'ici ce n'est pas les mots "violence conjugale" ou "violence familiale" ne sont pas que des mots mais de vrais maux.
Chiffres alarmants et révélateur pour commencer : au Chili, depuis le début de l'année 56 femmes ont été tuées par leur conjoint, mari, petit ami ou ex en moyenne (70 femmes subissent ce tragique destin chaque année) et 7 femmes sur 10 sont victimes de violence psychologique de la part de leur conjoint.
La mort fait l'actualité, mais à côté de ces drames qui font la Une, combien de femmes battues et humiliées en silence ?, combien de coups donnés avant d'en arriver là ? Combien de menaces prononcées, de cris et de larmes versées dans l'intimité du foyer ?
Alors on cherche les coupables. Il est vite trouvé : L'homme. Bien sûr mais à côté il y a des coupables "indirects" : ceux qui l'ont laissé agir sans rien faire. Par exemple la justice qui ne prend pas toujours au sérieux les premières plaintes pour menaces ou violences « minimes » (même si les choses changent, Dieu merci), ou encore les publicitaires qui transforment la femme en objet et puis la société en générale.
Je crois qu'en la matière chacun à son rôle à jouer pour éviter ça. Car non, cela ne regarde pas qu'EUX. Ce genre de violence nous concerne TOUS, hommes, femmes, ados, adultes... Le problème de la violence familiale c'est justement qu'on la considère beaucoup trop comme familiale et donc comme relevant avant tout de la vie privée. Personne ne dit rien, personne ne réagi car "cela ne me regarde pas" . Et bien SI ça nous concerne tous. Car un homme qui bat sa femme ou des parents qui battent leurs enfants ce sont des vies détruites, l'instauration d'1 climat de peur et de violence qui se ressent au niveau social. Ayons le courage d'agir. Cela passe par des choses très simples au quotidien comme le refus des remarques déplacées envers les femmes, aussi minimes paraissent-elles, au bureau, en famille, à l'école. Il faut aussi changer de sens à la pression sociale. En d'autres termes il faut réellement que le regard accusateur se tourne vers celui qui violente et qui humilie, pas vers celle qui est battue. Il faut instaurer 1 vrai climat de confiance. Car si on en arrive trop souvent à la mort, c'est par peur. La peur de dénoncer, le peur d'être vue comme coupable et non comme victime, la peur de ne pas être crue, la peur d'empirer la situation. En gros, la peur du regard des autres sur sa propre situation, la sensation d'être en faute. Et là encore, le sentiment que finalement cette affaire ne doit pas dépasser le cadre familial. Et puis pour les "observateurs", la peur de se mêler de ce qui ne les regarde pas, la peur de passer pour 1 "comère", 1 délateur.
La solution passe aussi et surtout par l'éducation des enfants et des ados, filles et garçons: non ce n'est pas que papa qui commande et qui prend toutes les décisions ! Non ce n'est pas « normal » que le petit ami soit aussi jaloux et surveille sa copine du soir au matin et l'empêche de sortir avec qui elle veut.
Un de mes profs a dit l'autre jour (en guise de provocation certes, mais ça fait réfléchir) « les premières responsables du machisme se sont les femmes », sous entendu en raison de la façon dont elles élèvent les enfants (et c'est particulièrement vrai au Chili). En 1 sens ce n'est pas entièrement faux. En tout cas c'est à méditer.
Je ne veux pas donner de leçon de morale ni culpabiliser qui que ce soit. Je ne prétends pas non plus révolutionner quoi que ce soit. J'aimerai seulement participer à mettre en lumière ce qui est trop souvent dans l'ombre même si les choses évoluent positivement. Et je dois dire qu'en étant que Chili, je me sens encore plus touchée par ce problème parce qu'il fait la Une, parce que les chiffres sont alarmants, mais aussi car cette attitude, pas forcement violente mais cette attitude parfois irrespectueuse, cette impression que la femme est une chose se ressent assez fortement.
De même, je ressens ce climat de violence lorsque je vais avec les enfants en « risque social » le mercredi après-midi : les bagarres, les insultes, les réactions démesurées face à des choses à première vue insignifiantes. Des choses d'enfants me direz-vous. Et bien non, pas à ce point. Car c'est une autre réalité inquiétante ici : la violence envers les enfants, et cette fois tant de la part de la maman que du papa. Mais n'oublions pas que tout est lié : 1 mari violent est peut être un ancien enfant battu et c'est aussi 1 mauvais exemple pour ses enfants. (Rappelez-vous de la dernière campagne télévisée en France où ce petit garçon frappait sa maman pour imiter son papa...) Et de même, une femme violentée peut à son tour réagir en violentant ses enfants. Les enfants peuvent à leur tour violenter leurs camarades. Ainsi, le climat de violence peut s'installer très rapidement. C'est pour éviter ça il faut agir dès aujourd'hui ENSEMBLE.
Les choses ne changerons pas du jour au lendemain mais on est sur la bonne voie j'en suis persuadée
**attention le machisme tue, slogan des associations chiliennes de lutte contre la violence envers les femmes.